Nordmag , votre magazine région Nord 

=> Nouveau site


 

 

 

Le château de La Buissière

a / Présentation

A n'en pas douter, à l'emplacement où se trouve de nos jours les ruines d'un donjon dont l'image n'est plus utilisée que lors des manifestations labuissièroises du 14 juillet républicain ou lors de reconstitutions historiques, le voyageur du XVIII ème pouvait admirer une des plus belles résidences de l'Artois. Seulement, le destin " étatique" décida de priver la province d'un de ses plus beaux bijoux architecturaux en l'année 1964. Ce joyaux du patrimoine nordiste a aujourd'hui complètement disparu.

Chateau1908_1.jpg (63088 octets)

le château de La Buissière en 1908.

Chaque village avait son château, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Dans une province en proie aux guerres presque continuelles, la demeure castrale représentait un lieu où les paysans pouvaient demander assistance lors des invasions de troupes étrangères … ou françaises. Toutes les réalités sociales, économiques et esthétiques de la province se fondent dans l'existence des châteaux artésiens.

 Les murs ancestraux ont traversé les vicissitudes d'une histoire écrite au cœur des guerres et de l'insécurité. La présence château de La Buissière ou de ce qui en reste trouve son intérêt dans l'évocation des pages les plus intenses de l'Histoire de France. Etre au centre de l'Artois, c'est se trouver confronter directement avec les événements militaires qui ont marqué la création d'un pays unifié. La demeure dont il sera ici question fut un lieu de résidence continuel pour les familles seigneuriales qui ont prouvé durant trois siècles leur attachement à ce qui est devenu leur terre.

b / L'histoire

Longue est l’histoire de cette demeure qui vit le jour au cœur de l’époque médiévale et qui de ce fait appartient aux monuments qui ont laissé une trace dans la trame historique de notre région. Nous nous intéresserons d’abord aux premiers temps où le paysan vit et compris que la présence même d’un ensemble castral allait modifier la perception des lieux. Le château, dont nous allons évoquer l’illustre histoire, imposait déjà ses murs sur le village de La Buissière. En ce début du XIII ème siècle, les premiers propriétaires furent les avoués d’Arras, seigneurs de Béthune qui se livraient aux plaisirs de la chasse dans les prairies et bois de nos campagnes. Le château n’avait donc d’autre but que de satisfaire les envies brutales des poursuites effrainées et téméraires dans les champs labuissièrois. Le plus ancien des arts aristocratiques fut la première trace d’une activité princière dans le château.

Puis vint le temps des guerres et la stature militaire de cette demeure allait voire le jour grâce à son emplacement géographique évidemment stratégique. La Buissière, nous l’avons vu se trouvait près de la ligne de partage entre les provinces de Flandre et d’Artois. Le pays était continuellement exposé aux invasions des Anglais et des espagnols. Les souverains sentirent la nécessité de fortifier leurs maisons de plaisance.

La comtesse Mahaut fut alors le personnage qui donna véritablement la vie au château en mettant en évidence sa fonction défensive. Alors seulement le lieu incarne l’autorité militaire des seigneurs de Béthune. L’apparition du donjon manifeste l’esprit défensif d’une forteresse dans laquelle les souverains d’Artois entretenaient une garnison. Du haut de la tour, on pouvait surveiller les alentours pour prévenir Béthune en cas d’invasion.

Donjon04.jpg (364873 octets)

donjon actuel ...

Tous les titres postérieurs au XIII ème siècle constatent des changements apportés au château de La Buissière ( chastel, castel ). Il fut placé sous l’administration supérieure et financière des baillis de Béthune.

Les A.D.N fournissent des documents qui nous renseignent sur les travaux de défense qui furent entrepris à cette époque.

Mahaut est la première signalée comme en ayant fait une de ses résidences privilégiées. Cette princesse y séjourna le 27 septembre 1312 et y établit une garnison sous les ordres d’un châtelain. En 1360 et 1361, les murs d’enceinte reçurent une entière restauration ; En 1380, un inventaire des meubles, vivres et munitions de guerre déposés dans les forteresses d’Artois nous fournit le nom du sieur Broustart de la tourelle, écuyer, capitaine du château de La Buissière. En 1471, Charles le Téméraire ajouta à la forteresse des écuries, des étables et des granges. Les souverains de l’Artois s’arrêtèrent à maintes reprises au château. Mais bientôt à cause de la guerre, ces mêmes comtes négligèrent l’entretien Puis vint le temps des Courteville et de la famille De Maulde. En 1505, les bâtiments étaient en fort mauvais état

Lorsque les troupes durent repoussées par l’armée française en 1522, le duc de Vendôme fit démanteler le château. Une copie d'un dénombrement de la terre et prevoté de La Buissière du 26 février 1574 nous apprend que " le chasteau place et parcq de la buissière estant enthierement entoure par enclos en chemin de murailles de pierre de gres ". ( 10J56 ).

Léon-Ange-Charles-Antoine de Maulde entreprit en 1735 de rebâtir le corps de logis placé vis-à-vis de la chapelle

c / Architecture

Etudions maintenant la disposition du château : il se composait d’une enceinte fortifiée. La tour très élevée possède un escalier qui n'a pas moins de quatre vingt quatorze marches. C’est au-dessus du donjon que le seigneur plantait son étendard, ce qui plus tard, selon une opinion généralement répandue, donna naissance aux girouettes. Point d’observation pour signaler la présence de l’ennemi. Le donjon servait de dernière retraite aux assiégés, quand l’enceinte extérieure du château avait été prise. Des souterrains, communiquant avec la campagne, permettaient d’introduire des munitions et des vivres.

Le château de La Buissière était entouré d’un rempart fortifié de distance en distance par des tours. Sa porte d’entrée n’offrait d’accès que par un pont-levis. Sur le Mont-Royal s’élève cette tour établie dans une contrée où le grès compose le sol en majeure partie, cette construction comporte une gresserie peu commune d’une hauteur de 20 mètres environ. La pierre et la brique liées avec un ciment très dur donnent aux murs une solidité à toute épreuve.

Au pied de la tour et de l’escalier qui y conduit, on pénètre dans une magnifique salle basse. Une voûte large et belle, bâtie en plein cintre et reposant sur des colonnes en grès, soutient ces murailles épaisses de plus de deux mètres. L’architecture de cette salle qui devait servir au logement des hommes d’armes préposés à la garde du château. La cheminée au centre de la salle est décorée d'un grand blason aux armes de Maulde. Dans le grand salon, se trouve un portrait du chevalier de Saint-Louis aux armes de Maulde.

 

PlanDonjon.jpg (33983 octets)

plan du donjon par Paul Van Wymeersch.

Le personnel était assez nombreux au château de La Buissière : le châtelain, son lieutenant, des sergents à pied et à cheval, un guetteur, un portier, composaient la garnison ordinaire

Nous allons faire plus ample connaissance avec la disposition architecturale du château et ainsi préserver dans nos mémoires la richesse du patrimoine historique de cette ancienne demeure. Concrétisons dans ces quelques l’attachement quasi viscéral de l’homme à ce qu’il a construit, ce qu’il transforme, ce qu’il vit.

L’habitation se compose de deux constructions bien distinctes : la tour et le nouveau corps-de-logis.

Dans l’origine, le donjon de La Buissière constituait l’unique habitation des avoués de Béthune et après eux, des souverains de la Flandre. C’était un " bâtiment carré, assez étroit, environné de fossé, et bâti au milieu d’un bois, jadis entouré de murailles et sur une élévation qui a conservé le nom de Mont-Royal " (2). La tour ronde encore visible de nos jours donnait accès aux appartements le long de 94 marches. Le bâtiment a quatre étages. Dans les deux étages intermédiaires se trouvent les lieux principaux d'habitation abritant chacun trois chambres.

Au rez-de-chaussée, dans une salle basse, appelée salle des gardes, on peut admirer les voûtes reposent sur des colonnes en grès tout en sachant que les murailles ont près de trois mètres d’épaisseur. Cette salle des gardes est encore visibles de nos jours. Elle est " remarquable par ses voûtes dont les nervures sont supportées par des culs de lampes et une colonne centrale ". On peut aussi remarquer que le grand blason aux armes de Maulde qui se situait sur la cheminée monumentale a aujourd'hui disparu. Dans le grand salon se trouvait " un beau portrait de chevalier de Saint-Louis aux armes de Maulde : d'or, à la bande de sable frettée d'argent, timbré d'une couronne ducale, porte l'inscription : Louis François Comte de Maulde Marquis de la Buissière a épousé Marguerite Félicité de Conflans à Paris le 25 juillet 1735 ".

Vers le milieu du XVIII ème, le château est un terme qui recouvre des réalités forts diverses, allant du modeste manoir de quelques pièces à la forteresse et à l’immense bâtisse princière comportant suites de salons centaines de chambres. Le château est un élément d’architecture essentiel pour l’historien de l’art. C’est l’époque où les seigneurs de Maulde " se sentant trop à l’étroit dans ce modeste corps de logis, ajoutèrent d’autres constructions formant un angle dont le donjon resta le sommet ". Nous sommes alors arrivés à une époque où les seigneurs cherchent à améliorer leur cadre de vie. De plus, cela fait longtemps que l’artillerie a démontré l’inanité des courtines, des mâchicoulis et des échauguettes pour la défense de la maison. Totale désuétude de l’appareil défensif. Le château désigne alors toute demeure de plaisance dont l’aspect architectural tranche sur l’habitat ordinaire. En 1735, Léon-Ange-Charles-Antoine de Maulde, marquis de La Buissière fait rebâtir le corps-de-logis placé en face de la chapelle castrale. Cardevacque ajoute que " le parc renfermait alors cent arpents de bois, autrefois entroués de murailles " qui ont disparu à cause de la " vente qu'en fit Louis-François de Maulde à Louis XIV, qui employa cette immense quantité de matériaux à la construction des fortifications de Menin ".

 En 1770, on le définit " anciennement et encore aujourd’huy petit réduit fortifié … C’est aujourd’huy une maison seigneuriale qui est plus ou moins magnifique et étendue, à proportion de la qualité ou de la richesse du seigneur et qui n’a point de défense " ( Roland Le Virloys, Dictionnaire de l’architecture )

Une distribution intérieure comportant une grande salle, une galerie, un escalier monumentale, une chapelle, une organisation extérieure où l’on peut dénombrer un corps de logis principal, des ailes, des tours ou des pavillons, des cours et des successions de cours, des parterres se prolongeant par des bosquets, des pièces d’eau, et proche de la maison, un ensemble d’exploitation composé d’une ferme avec colombier, étables et pressoir.

Il s'en suit un lent processus de renouvellement du château qualifié de grande demeure rurale. Il fut perçu à l'époque comme l' une des plus agréables de l’Artois qui fallait de ce fait constamment entretenir : paiement de 161 L. pour les ouvriers du seigneur concernant les réparations du château en 1770 ( 10J41 ). Une magnifique terrasse donne accès au donjon et domine tous les alentours. Elle aboutissait jadis à la chapelle castrale dont l’ancienne importance mérite une mention toute particulière : " cette chapelle était bénéficiale et avait un titulaire résidant qui devait y dire la messe tous les jours ", nous dit Cardevacque. Il poursuit : " elle était placée sous le vocable de Saint-Pancrace, martyr, dont on y conservait les reliques, et l’office solennel y était chanté le 3 novembre, jour de la Saint-Hubert. Il s’y faisait un pèlerinage assez suivi : les mères y apportaient leurs enfants qui étaient noués, afin d’obtenir leur guérison par l’intercession du Saint Patron ". La chapelle peut être défini comme un lieu de dévotion privé, domestique, marquée des armoiries du lignage.

Une description détaillée de l'intérieure de cette dernière nous est fournie à travers le Recueil d'Epitaphes de Le Pez ( ACA M358 p. 459 ) : les vitraux représentent les images des différents seigneurs généralement à genoux armé de ses armes accompagné de sa dame revêtue d'un manteau. On trouve aussi à l'intérieur même de la chapelle un tableau représentant une sainte et une religieuse à genoux. Les armoiries de la famille de Courteville et de Maulde sont mis en évidence " on voit … un homme armé a genou avec les armes de Courteville ".

Dans la partie que Cardevacque a consacré à cette chapelle, on retrouve une fidèle description des lieux : " C'est la chapelle castrale la plus en règle qui y avait en 1732 dans le diocèse, elle est voûtée avec sacristie et généralement tout ce qu'il faut quant aux ornements, linges, vases sacrés, paremens d'autel … L'on voit aux deux pilliers de l'autel deux postures à genoux; celle de droite représente un chevalier ayant son casque près de lui. Sur le piédestal au-dessous duquel sont les armes de Courteville, à gauche, la figure représente une dame les mains jointes, et au bas les armes de Noyelles : c'est un homme et femme, seigneur de ce lieu … A la vitre sur l'autel est peint un chevalier à genoux, ayant sur ses épaules l'écusson d'argent à l'aigle éployée de gueules, et une dame aussi à genoux, ayant sur sa robe un écu à deux lyons de sable, armés, lamassez et couronnés d'or. Aux fenêtres à droite, en y entrant, sont les armes écartelées de Licques et Lens, et au-dessus dans un cartouche, on a mis celles de Maulde. L'an 1611, aux vitres à gauche, ce sont les armes de Maulde et de Montmorency; les vitres de cette chapelle étaient autrefois toutes en peinture. Il y quatre pilliers dans le mur qui soutiennent la voûte, aux deux côtés, à la droite, les armes de Maulde peintes, à gauche celles de Courteville ".

e / Le château sous l'Ancien Régime

La zone de construction est un secteur géologique mis en valeur par rapport au reste du village. Le château est situé au sommet d’une colline boisée appelée le Mont Royal.

Les seigneurs incarnent l’autorité publique. Le château est l’expression de la concentration en un même lieu de tout le pouvoir local. La qualité castrale de la demeure est fortement liée au degré de rigueur ou de la volonté de flatterie du recenseur. La demeure seigneuriale écrase celle des autres : le château domine les chaumières par la taille ou la qualité de la construction, mais aussi par son édification au-dessus de toutes les autres demeures ( symbole, essence de sa supériorité ). Le château apparaît en premier lieu comme l’expression d’un régime social où la classe dirigeante dont le lignage s’organise selon le modèle princier, exerce ses prérogatives de façon privilégiée dans un le domaine militaire. C’est le cas pour la famille De Maulde. Le château est en second lieu l’expression d’un régime économique où les riches, les grands, les puissants tirent la majeure partie de leurs ressources et de leurs revenus des terres. Ils ont un avantage à résider sur leurs domaines le plus souvent possible. Le château est en troisième lieu l’expression d’une organisation politique où tendent à prévaloir le morcellement, la superposition, l’enchevêtrement des compétences.

Le château fait plus que partie du paysage. Mais la seigneurie châtelaine se voit d’ores et déjà vigoureusement concurrencée par d’autres formes politiques. Le château conserve sa place dans l’organisation du tissu social, même s’il a déjà beaucoup perdu dans le domaine politique et militaire. La symbolique du château subsista à travers les siècles en tant que lieu de pouvoir à partir duquel un " châtelain " prétendait exercer sa domination, plus ou moins paternelle, et sa protection plus ou moins intéressée sur la population de son village.

De nos jours restent les ruines d'un donjon en mauvaise état ...

Demolition1964.jpg (305514 octets)

Triste spectacle. Nous sommes en 1964.

Exemple flagrant de la disparition de notre patrimoine commun ...

 

Feu d'Artifice

le 14 juillet républicain ...

Le Donjon ; façades et toitures des communs : inscription aux monuments historiques par arrêté du 12 avril 1965 

Liens : http://users.belgacom.net/hosdent   :   site internet de Mr Freddy Van Daele concernant le  petit"hameau" de Hosdent-sur-Mehaigne en Hesbaye liégeoise, dont les  derniers seigneurs furent des "de Maulde de la Buissière" 

                                                                                                                                     

      =>  retour page Bruay                                                                      

 

 

Accueil | Sommaire | Culture | Patrimoine | Histoire | Nature | Dossiers | Liens | Translate | Plan | Carte | Contact
Copyright © 2000-2016 Nordmag Tous droits réservés.