Parcours inédit de Pierre Marie Lejeune au Musée et dans la ville du Touquet

Publié par Marion Dupuich le

Pierre Marie Lejeune, Le B (détail), 1982; Le C, 1982; Le D, 1982; Le E, 1982; Le H (détail), 1983; Le I (détail), 1983; Le J (détail), 1983; Le K, 1984

Le Musée du Touquet-Paris-Plage nous invite à découvrir l’univers du sculpteur dessinateur Pierre Marie Lejeune et de plonger dans 35 années lumineuses autour d’un parcours chronologique et thématique. C’est la première fois que l’Artiste propose une double exposition située en ville et au musée, témoin d’une certaine cohérence sur son trajet. Des pièces anciennes et récentes en lien avec ses différentes périodes sont à découvrir. A l’image d’une bande-dessinée, une soixantaine de dessins, aquarelles et maquettes dévoilent ses différents projets artistiques au Musée. Des séries inédites sont affichées comme Alphabet (1982 à 2019) ou encore Move, un projet autour du sport (2017) dans lequel les mouvements du corps humain sont représentés, créé dans le cadre du projet pour le Centre Sportif du Parc Industriel de Suzhou. 12 sculptures imposantes aux faces couvertes de miroirs réalisées à partir de matériaux bruts sont situées au cœur des parcs et jardins de la ville. Elles captent l’image des passants et se mêlent subtilement à l’environnement proche grâce à leurs jeux de lumière et de reflet. «Tri » (2006), conçue en acier, ouvre le parcours monumental, située au Jardin d’Ypres, c’est la plus grande sculpture exposée en ville.

Le passage du dessin à la sculpture

Depuis l’âge de 6 ans, Pierre Marie se passionne pour le dessin : « J’adore ça, je peux pas m’en passer. » Sa pratique se situe à la croisée entre la sculpture et le design. Il détient une manière de procéder qu’il qualifie de naturelle avant de réaliser sa sculpture : il dessine et adapte ses dessins afin de passer en 3 dimensions. C’est le début de son travail artistique qu’il réalise souvent à partir de nombreuses de photos et maquettes. Avant tout Dessinateur, en raison du conséquent travail de recherches et de dessins réalisés en amont de ses sculptures : « Le travail du dessin est très important dans ma démarche car il existe en amont de tout. » Il dessine et réalise des objets utilitaires : « C’est ce que je fais le plus. » D’après l’entretien réalisé par Chloé Jacqmart, l’Artiste a confié apprécier faire des groupes de sculptures : « Parfois j’en dessine quatre ou cinq en même temps, et certaines que j’appelle des suites, sont faites pour être présentées ensemble… Elles se répondent l’une à l’autre et prennent leur autonomie en formant un groupe. » Ses sculptures installées au sein de la ville créent un décalage visuel étonnant et invitent subtilement le public à échanger avec elles ! L’Artiste souhaite faire partager au public-citadin sa passion pour l’Art et la création. Il a créé un véritable langage plastique aux formes universelles non dénué de poésie : « J’ai un peu l’impression d’écrire dans les villes avec une écriture qui n’a pas de signification, si ce n’est émotive et poétique. C’est là où c’est universel car je me suis aperçu, dans les quelques pays où j’ai exposé, qu’il y a certaines formes qui ont une résonance, sans que je ne puisse expliquer pourquoi (…) »

Ses sources d’inspiration
Dans la jolie station touquettoise, le Dessinateur a marqué son attention sur les bunkers en déséquilibres situés en baie de Canche et les a d’ailleurs photographiés. Passionné d’archéologie et précisément de la naissance des écritures, il s’intéresse aux découvertes et aux recherches autour de l’épigraphie. Les blocs de pierre, les champs de fouilles font ainsi partis de ses sources d’inspiration. « Je cherche une sculpture au bord d’un ruisseau, des trucs découpés par zone. » Depuis son voyage en Egypte, marqué par l’architecture, la lumière et la matérialité du sable, l’artiste s’intéresse plus au volume qu’à la peinture.

L’histoire de son Alphabet imaginaire inachevé
« Au moment où je démarrais cet alphabet, en 1982, je ne me rendais pas compte que je commençais à m’attacher aux volumes. Je dessinais ces lettres comme des objets indépendants et non comme des éléments d’une écriture. » Fasciné par les dessins visibles dans les grottes, des dessins de plus en plus simplifiés, ces 26 lettres constituées dans l’alphabet révèlent la naissance de la mémoire. Selon l’Artiste, ce sont des signes, un langage de sourds et muets. Ce dernier fait référence à un répertoire de signes inachevés « car certains signes sont emblématiques dans le monde. »

Une exposition urbaine
L’exposition de ses œuvres dans la ville est à l’image des inconnus qui jouent du piano dans les gares, il souhaite enlever une certaine distance : « Pour que tout le monde approche ». Parmi ses matériaux de prédilection on retrouve principalement le métal, le verre, l’eau, la lumière. Il souhaitait choisir du carton, mais ces matériaux sont plus robustes pour l’extérieur. « Good vibrations » aquarelle réalisée en 1999, exposée au musée fut réalisée avec du plastique fondu, nous a confié l’Artiste. De 1990 à 2005, il a conçu de nombreuses sculptures avec une touche de lumière, omniprésente dans la vie de ses œuvres.Trois échelles s’imposent à ses yeux : l’échelle humaine, l’échelle de l’arbre et l’échelle de l’architecture : « Tout est question de dimension et de masse. » Dans son travail on ressent d’ailleurs son admiration pour le plasticien New Yorkais Donald Judd et ses installations en béton : « Avec du béton, il fait des choses fabuleuses ! »

Poésie de l’eau et jeu de miroir qui prolonge l’interaction avec l’environnement
« Petit, j’adorais taper dans l’eau, les rivières, j’habitais près des canaux à Paris. »
Sensible et attiré depuis toujours par l’eau, ses reflets et la lumière, il a participé à la conception de plusieurs fontaines, notamment à celle située en Chine et près du Centre Pompidou, la fontaine Stravinski. De renommée internationale, depuis près d’un an, Pierre Marie Lejeune a réalisé 4 expositions personnelles en Chine, au Suzhou Center, pays qui a ses yeux possède une énergie incroyable. http://pierremarielejeune.com/suzhou-fountain/

Catégories : Musées

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